Des vérités de l'Afrique révélées aux lycéens
La venue du metteur en scène burkinabé Pierre Yaméogo, jeudi soir, a fait salle comble au Marais. Elle a conclu de prometteurs échanges avec les élèves de Truffaut et Couzinet.
taphore, Pierre Yaméogo, à l'issue de la séance fortement applaudie par les 250 spectateurs présents. Il ajouta : « Le problème de l'Afrique, c'est qu'il ne faut pas savoir ! Si tu sais, si tu es moderne, tu as des problèmes ! » Et si Pierre voit d'un bon œil les projets comme ceux de Truffaut et Couzinet qui vont ramasser des fonds et se jumeler
« Ce soir, c'est la première fusée du projet qui s'est mise en place et qui se conclut de manière colorée avec la venue de Pierre Yaméogo», souligne Richard Le Fah-iun, conseiller pédagogique d'éducation au lycée Truffaut et membre du Cinoche, l'association qui recevait le metteur en scène. Auparavant, jeudi après-midi au Forum de l'établissement public, les élèves avaient reçu et écouté des agriculteurs de l'Afdi, ainsi qu'une représentante burkinabaise, avec qui se sont échangées les expériences, mais où sont aussi apparues les difficultés à mettre en place un projet, la patience devant souvent accompagner l'enthousiasme.
Ces difficultés, «Delwendé», le film de Pierre Yaméogo, devait les confirmer. Ce superbe long-métrage, récompensé en Cannes en 2005, baigne dans toute la lumière de ce pays d'Afrique occidentale dite francophone. Mais il met à jour, à travers l'abandon des femmes âgées pour de fallacieux prétextes de sorcellerie, tout l'immobilisme dont souffre la plupart des pays du continent noir. «Même si le bonheur tombe du ciel, les Africains ne vont pas le ramasser ! », devait notamment expliquer, par cette mé-
Le film « Delwendé » est le sixième long métrage de Pierre Yaméogo. Il a permis d'améliorer le sort de ces vieilles femmes fallacieusement accusées de sorcellerie : désormais, elles ont le droit de porter plainte !
avec un lycée burkinabais (pour la mise en place de panneaux solaires nécessaires à l'éctrification de l'établissement), il ne peut s'empêcher de dénoncer la corruption de la plupart des gouvernants actuels, sou- ' tenus par la France, avec des comptes bien fournis en Suisse... « Rien que rapatrier 10 % de cet argent suffirait pour que nous rele-
vions la tête ! »
Et de poursuivre : « l'école est la base du développement. Mais il n'y a pas 10 % des enfants qui sont scolarisés. On préfère les garder dans l'ignorance pour les empêcher de se révolter». D'où le sous-titre du film, « lève-toi et marche ! » Car pour Pierre Yaméogo, cette révolte couve, «une nouvelle génération se lève! Avec ceux qui vivent la galère chez eux et ceux qui n'ont pas leur place en France, la révolution gronde ! Elle sera dramatique, mais elle permettra à l'Afrique d'avancer! »
Message reçu et passé auprès du public. Désormais, les lycéens challandais donnent rendez-vous mercredi 2 mai pour une soirée musique africaine (avec le groupe Diatribe) et le 11 mai pour une course solidaire autour du lycée Truffaut. Histoire de rajouter quelques piécettes dans l'escarcelle pour le projet burkinabais. Quand au Cinoche, il propose un rendez-vous similaire, à savoir la présence du metteur en scène, le 4 mai. L'association accordera sa carte blanche à Guillaume Martinez, réalisateur de courts-métrages.
Philippe GILBERT.
Richard Le Fa/hun est à fonds derrière les élèves pour faire avancer ce projet de coopération avec un lycée du Burkina Faso.
Homme libre, Pierre Yaméogo a donné une vision abrupte du continent africain.